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Têtes de trail : portrait #3

Adil sest fait une raison. Peu importe son handicap, lespoir et la persévérance lui permettent de vaincre toutes les courses. Prochain objectif : le 80 km de lEcoTrail Paris.

Adil, 45 ans, est comme tous les hommes de son âge. Il a des rêves et des passions. Parmi elles, le trail running. Son cv sportif est d’ailleurs si imposant qu’on en oublierait presque son handicap. Adil est malvoyant. Il a perdu la vue à l’âge de 25 ans suite à un décollement de la rétine. Mais rien ne l’empêche de courir. Même si pour cela durant chaque course, il doit se battre avec lui-même : « C’est souvent très difficile pour moi mais le plus important, c’est que je suis aux côtés des voyants. Je souffre mais nous partageons le même monde ». L’essentiel pour ce battant à la personnalité si touchante.

L’histoire

Il voulait à tout prix réaliser cet exploit : courir un marathon. Ce challenge, Adil l’avait déjà quand il était voyant. Raison de plus pour lui de l’atteindre malgré la maladie et le handicap. En 2011, Adil boucle donc le marathon de Sénart en 4h11mn accompagné d’un coureur voyant de l’association « Courir en duo ». Car même si le jeune homme a expérimenté à ses débuts la pratique en solo, il s’est vite résigné à se faire guider en toutes circonstances. Trop dangereux en effet pour lui mais aussi pour les autres. « A mes débuts, je courrai avec une canne sans personne. On m’avait surnommé le cascadeur. Ça donne une idée de mon parcours et surtout des chutes que je ne pouvais pas éviter ». Ce premier 42 km l’a marqué, il n’en revient toujours pas. « Avec cette course, je suis entré dans la cour des grands. J’ai atteint mon but. Mais je ne suis pas arrêté pour autant ». S’en suit donc un second marathon avorté cette fois, puis, un troisième à Paris en 2012, terminé en 4h14. Sa persévérance et son implication impressionnent.  

 

 

30, 45 et maintenant 80 km

La réussite d’Adil donne en effet le vertige. Il a couru (et fini) presque toutes les courses parisiennes. Il faut dire que ce boulimique de course à pied s’investit à fond dans ses préparations avec 4 ou 5 sorties par semaines, à Saint-Cloud ou dans le bois de Boulogne. Rien ne l’arrête. Ni la pluie qui l’amuse. Ni la boue qui le fait glisser. Adil accepte tous les obstacles et les déjoue en toute décontraction. Le comportement idéal pour enfin s’attaquer au trail. « J’ai connu une révélation. L’EcoTrail Paris a été un énorme bonheur pour moi ! ». D’abord le 30 km couru en 2017 en 3h18. Puis, le 45 km en 2018 qu’il a été tellement heureux de terminer en 5h51 avec quatre copains. « Je ne vois pas mais je sens l’odeur des arbres, de la boue, de la course. Ça me transporte ». Reste pour Adil à se challenger sur le 80 km en 2019. C’est son nouvel objectif. Un rêve. Un peu moins fou que le 100km qu’il espère lui aussi achever dans l’année. Mais un beau défi pour lequel il sera contraint de sortir une nouvelle vois de sa zone de confort, de se dépasser et de redoubler de vigilance. « Je dois donner beaucoup plus que les voyants pour réussir. Mais ça n’a pas de prix pour moi de partager les mêmes efforts. Comme quoi, peu importe les épreuves traversées, on peut toujours changer sa vie ». Une belle philosophie…